Saint Pierre et Miquelon
Saint-Pierre-et-Miquelon est un archipel français de
l'Atlantique nord, situé à 25 km
au sud de l’île canadienne de Terre-Neuve.
Ancien département d'outre-mer puis collectivité territoriale à statut particulier, c'est
aujourd'hui une collectivité d'outre-mer.
L'archipel est composé de trois îles principales : Saint-Pierre, la
plus petite des trois, mais qui abrite quatre-vingt-dix pour cent de la
population, Miquelon, et Langlade, ces dernières
reliées entre elles par un isthme de sable depuis le XVIIIe siècle. Il compte également plusieurs
petites îles et îlots non habités.
Avec la Guadeloupe, la Martinique,
la Guyane,
Saint-Martin et Saint-Barthélemy,
c'est l'un des six territoires français en Amérique
et le seul en Amérique du Nord, dernière parcelle de
l’ancienne Nouvelle-France.
Nommé Isle Sainct Pierre par Jacques Cartier lors de son passage en juin 1536,
Saint-Pierre-et-Miquelon avait d'abord reçu le nom d’archipel des
onze mille vierges par José
Álvarez Faguendes, navigateur portugais
débarqué en 1520,
le jour de la Sainte Ursule. L'archipel a successivement été
aux mains des Anglais et des Français avant de devenir définitivement
français en 1815.
Saint-Pierre est le saint patron des
pêcheurs (avec Saint-André, Saint-Antoine de Padoue, Saint-Nicolas de Myre, et Saint-Zénon de Vérone[1]).
Le nom actuel de Miquelon a été noté sous la forme de « Micquelle »[2]
dans le manuel de navigation d'un marin basque,
Martin de Hoyarçabal, en partance pour Terre-Neuve[3]
au XVIe siècle.
Il a été allégué que le nom de « Miquelon » est une forme basque de Michel[4],[5],[6],
la traduction en langue basque de Michel étant Mikel[7].
On suggère que de nombreux Basques espagnols, ont été influencés par
la forme espagnole de Miguelón qui signifie « grand
Michel ».
L'île adjacente du nom de « Langlade » est une contraction de « l'île
à l'Anglais »[5].
De
la colonisation au développement de l’archipel [modifier]
On cite souvent l'arrivée du navigateur portugais Faguendes
(Fagundes) le 21 octobre 1520 comme
date de découverte de l'île, mais cet évènement pourrait être antérieur,
puisqu'il est parfois attribué à d'autres explorateurs, comme Jean
Cabot en 1497,
ou Verrazano en 1524.
Quoi qu'il en soit, il semble avéré que les îles servaient de base
aux pêcheurs normands, bretons
et basques au XVIe siècle et l'on date de 1604 les
premières installations permanentes de ces derniers. Ils y pratiquaient
la chasse baleinière (si l'on se réfère à
leur arrivée précoce pour cette activité en Amérique du Nord, la date pourrait être
bien antérieure), certainement la baleine franche (dite « baleine des
Basques »), la baleine du Groenland et la baleine
grise. Ces origines provinciales françaises se retrouvent sur le
drapeau de l'archipel.
Au XVIIIe siècle,
les îles furent toutefois abandonnées lors de la ratification du traité d'Utrecht pour ensuite être
récupérées officiellement par la France lors du traité de Paris de 1763.
Après une défaite infligée par les troupes américaines et françaises,
les forces britanniques présentes en Nouvelle-Écosse attaquèrent les îles en 1778 et
déportèrent la population, y compris des réfugiés de la déportation des Acadiens de 1755.
Plusieurs voyageurs illustres visiteront l’archipel encore très peu
développé, dont le géographe Jean-Dominique Cassini
en 1768, et l’écrivain français Châteaubriand en 1791 qui
immortalisera l’archipel dans les Mémoires d'outre-tombe.
Lors de la Révolution française, la communauté acadienne
quitta subitement l'île de Miquelon pour se réfugier aux îles de la Madeleine, alors que
l'exercice républicain à Saint-Pierre connut un terme brutal lors de la
nouvelle attaque britannique de 1793.
Il fallut attendre la restauration de Louis XVIII pour que la dernière rétrocession par
le Royaume-Uni (dont la Nouvelle-Écosse était
encore une colonie) des îles Saint-Pierre-et-Miquelon à la France soit
définitive.
Développement
moderne et début de prospérité de la colonie [modifier]
Parmi les visiteurs célèbres de l’époque qui relatent la vie et
étudient cette petite colonie française de pêcheurs, dans le dernier
morceau de territoire de l’ancienne Nouvelle-France devenu un simple marche-pied
sur la route de l’Amérique du Nord et les bancs de pêche de Terre-Neuve,
on peut citer le comte Joseph Arthur de Gobineau,
diplomate et écrivain, vers 1850, ainsi que le docteur Albert Calmette, présent dans l’archipel de 1888 à 1890.
Pendant la deuxième moitié du XIXe siècle, l'archipel de
Saint-Pierre-et-Miquelon connut un essor économique important grâce à la
pêche à la morue.
L'archipel eut un certain rôle lors de la prohibition
aux États-Unis d'Amérique puisque du fait de son
statut de colonie française, la loi américaine (le Volstead Act)
n’y était pas applicable. L'île connut, de 1919 à 1933, une réelle
prospérité grâce au trafic d’alcools, de vins français et
de whisky,
acheminés clandestinement sur les côtes canadiennes et américaines par
des goélettes ou des vedettes rapides (rum runners)
construites au Canada et montées par des Saint-Pierrais. Ce fut
l'époque des bootleggers.
Seconde
Guerre mondiale [modifier]
Pendant la Seconde Guerre mondiale, après l'armistice de la France, en juin
1940, et son occupation partielle par les Allemands, le gouverneur vichyste Gilbert de Bournat dut négocier avec les
autorités des États-Unis afin d'obtenir quelques subsides
financés par les réserves d'or françaises.
À cette même époque, le Canada voisin avait préparé, avec l'aval de Washington, un projet de
débarquement pour prendre possession de Saint-Pierre-et-Miquelon.
Plusieurs prétextes furent avancés, parmi lesquels des émissions radio
qui se faisaient l'écho de la propagande
de Vichy[8].
Certains avancèrent même que cette station radio aidait les U-Boots
allemands présents sur les bancs de Terre-Neuve[8].
Le premier ministre canadien William Lyon Mackenzie King ne
permit pas l'exécution de ces plans.
C'est à cette époque que le géologue suisse Edgar Aubert de la Rüe fut astreint
en résidence à Saint-Pierre.
Sur l'ordre de Charles de Gaulle et malgré son désaccord, l'amiral Émile Muselier orchestra la libération de
Saint-Pierre-et-Miquelon à l'insu et contre l'avis des autorités
américaines et canadiennes[8],
mais avec un premier assentiment de Winston Churchill[8].
L'affaire du 24 décembre 1941 fit
couler beaucoup d'encre, et cristallisa la méfiance de Roosevelt envers de Gaulle. L'amiral Muselier fit organiser un plébiscite qui
fut favorable à la France libre[8].
Saint-Pierre-et-Miquelon fut ainsi l'une des premières terres
françaises ralliées à la France libre.
Histoire
récente et intégration à la République française [modifier]
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’ancienne colonie
devient territoire d'outre-mer (TOM) en 1946. Le
général de Gaulle lui marquera sa reconnaissance pour son rôle dans la
France libre par une visite en 1967 (avec le
croiseur Colbert sur la route de son célèbre voyage au Québec), l'une des
trois seules visites d'un chef d'État français (avec celles de François Mitterrand en 1987 et de Jacques Chirac en 1999).
Le 19 juillet 1976, le territoire évolue vers plus d’intégration à la
République et devient département d'outre-mer (DOM)[9],
avant d'acquérir le statut de collectivité territoriale par la loi no 85-595
du 11
juin 1985.
La révision constitutionnelle du 28 mars 2003, qui
crée la catégorie générique des collectivités
d'outre-mer (COM), y englobe Saint-Pierre-et-Miquelon. Son statut
actuel est fixé, dans le code général des
collectivités territoriales, par la loi
organique no 2007-223
du 21 février 2007.
Traditionnellement, Saint-Pierre-et-Miquelon représentait un intérêt
économique important en raison des droits de pêche attachés à la zone économique exclusive de 200 milles
marins. L'interprétation divergente de la France et du
Canada sur l'application de cette règle internationale donna lieu, à
partir de 1988, année de l'arraisonnement du chalutier Croix-de-Lorraine
par les Canadiens, à un contentieux entre la France et le Canada.
Suite à l'arbitrage international sans appel de New-York en 1992, la
zone maritime attribuée depuis lors à l'archipel se limite à la zone économique exclusive de 12 milles marins à l'est, 24 milles marins à l'ouest, et un
corridor de 200 milles de long
par 10 milles de large
orienté nord/sud.
Administration
et institutions [modifier]
L'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon est administré par une collectivité d'outre-mer placée
sous le régime de l'article 74 de la Constitution et dénommée « collectivité
territoriale de Saint-Pierre-et-Miquelon »[10].
Il ne s'agit donc ni d'un département, ni d'une région.
Un conseil territorial exerce à peu près les mêmes compétences que
les conseils régionaux et généraux dans les autres territoires. Bien que
la collectivité relève de l'article 74 de la Constitution, les lois de
la République s'appliquent directement à Saint-Pierre-et-Miquelon
(régime de l'inclusion législative) sauf dans certains domaines,
notamment les impôts, le régime douanier, la construction et le logement[11].
Il existe en outre, dans l'archipel un comité économique et social
qui peut donner un avis sur les questions de son ressort, à la demande
du conseil territorial.
Le français est la seule langue reconnue et obligatoire pour les
services officiels. Le pouvoir exécutif est décentralisé et largement
transféré au président du conseil territorial qui dispose de certaines
attributions à caractère législatif de portée locale mais aussi d'une
totale autonomie aux plans douanier, fiscal et urbanistique.
Saint-Pierre et Miquelon ne fait pas partie intégrante de l'Union européenne (contrairement aux régions
ultrapériphériques françaises reconnues par le Traité d’Amsterdam de 1997, c’est-à-dire
actuellement pour la France, seulement les départements
d'outre-mer) : son statut, par rapport à l’Union européenne, est celui des Pays et territoires d'outre-mer
(PTOM).
Pourtant les citoyens de cette collectivité territoriale possèdent un
passeport français et européen en vertu
de leur nationalité et de la Constitution française, et participent
aussi (comme tous les citoyens français) aux élections des représentants
français aux Parlement européen (comme à l’ensemble
des autres scrutins nationaux).
Comme en métropole, sa monnaie officielle est l’euro, depuis
1999 (auparavant c’était le franc français), bien que la collectivité ne fasse pas
partie du territoire de l'Union européenne (comme le sont par ailleurs
les départements d’outre-mer français), ni de l’Espace Schengen. En effet, la
collectivité territoriale n’a pas (comme les autres collectivités du
Pacifique) de monnaie propre ni d’institut local d’émission monétaire :
l’euro s’est simplement substitué de droit au franc français dès que ce
dernier n’a plus eu cours et a été remplacé par l’euro, avec l’accord de
la Commission européenne par une annexe au traité d’union monétaire
concernant l’adhésion de la France à cette union qui détermine que la
France est la seule à définir la monnaie légale sur le territoire (c’est
aussi le cas pour les autres Pays et territoires d’outre-mer des autres
pays membres de l‘Union européenne qui n’ont pas le statut européen de
région ultra-périphériques).
Administration
locale [modifier]
La ville de Saint-Pierre, le chef-lieu du territoire, est le siège du
conseil
territorial (souvent désigné par son ancien nom conseil général). Il a des
compétences élargies en matière fiscale, douanière, urbanisme, logement
et partiellement, de nature départementale et régionale
Le conseil territorial comprend 19 membres élus, représentant deux
circonscriptions qui correspondent aux deux communes : Saint-Pierre (15
conseillers) et Miquelon-Langlade (4 conseillers). Il est assisté par un
comité économique, social et culturel.
Ce conseil est actuellement présidé par Stéphane Artano (Archipel demain).
Chaque commune dispose d'un conseil municipal, élu au suffrage
universel direct, représentant les citoyens des différents quartiers. Il
est chargé d’appliquer localement la politique économique et sociale
élaborée par le conseil territorial ou l’État, et de gérer les
différents services municipaux.
La commune de Saint-Pierre a pour maire Karine
Claireaux (PS) et celle de Miquelon-Langlade, Stéphane Coste.
Représentation
nationale [modifier]
La collectivité territoriale est représentée au Parlement de la
République française avec :
Les électeurs du territoire participent également, conjointement avec
ceux de tout le reste de la République, aux élections des députés
représentant la France au Parlement européen.
Services
de l’État [modifier]
À Saint-Pierre, se situe la préfecture
à la tête de laquelle se trouve le préfet Jean-Régis
Borius, représentant de l’État et de la République sur le
territoire.
La Justice dispose localement d'un Tribunal supérieur d'appel, d'un Tribunal de première instance
et d'un Tribunal administratif.
Le chef des services d'éducation est un inspecteur d'académie dépendant de l'académie de Caen.
Données
géographiques [modifier]
La population, en progression lente depuis la Première Guerre
mondiale, comptait 6 345 habitants au recensement
de 2009,
dont 5 618 sur la plus petite île portuaire de Saint-Pierre et 698
sur les îles de Miquelon-Langlade. Le français
parlé ressemble au français parlé en Normandie.
La population légale de 2009 s'élève à 6 345 habitants.
Les habitants descendent très majoritairement de colons normands,
bretons
et basques. Si la descendance acadienne est modeste, on doit par contre
souligner une filiation anglaise et irlandaise significative de la
population, conséquence de nombreuses unions de ces colons avec
de jeunes femmes venues de la côte voisine de Terre-Neuve pour tenir des
emplois domestiques, notamment au XIXe siècle
et jusqu'à la moitié du XXe.
Géographie
physique [modifier]
C'est un petit archipel de huit îles, totalisant 242 km2,
bas et érodé (240 m au Morne
de la Grande Montagne à Miquelon et 210 m
à Saint-Pierre). Il est formé de roches volcaniques (Miquelon et
Saint-Pierre) et de roches métamorphiques diverses (Langlade, p.île du
Cap) (orogenèse et chaîne des Appalaches
datant du Précambrien). L'aspect est rude, sauvage, avec
des côtes échancrées, le tout profondément modelé par la grande glaciation quaternaire canadienne
qui recouvrit également Terre-Neuve et l'estuaire du Saint-Laurent.
L'archipel est constitué essentiellement de la petite île de Saint-Pierre (26 km² avec les îlots contigus et 8 km du sud-ouest au nord-est) et
de la plus grande île de Miquelon (216 km²
et 80 km du nord au sud),
elle-même formée de deux îles, Miquelon (110 km²), au sud de laquelle se trouve la lagune du
Grand Barachois et Langlade (91 km²), aussi appelées Grande et
Petite Miquelon et reliées depuis 1783 par un
long isthme
sableux qui provoqua, au siècle dernier, de nombreux naufrages.
L'intérieur est occupé principalement par des tourbières,
des étangs, de rares espaces boisés formés principalement de résineux
(seule forêt boréale française[12]).
Une seule rivière digne de ce nom, la Belle Rivière, traverse Langlade
du sud au nord.
D'autres petites îles ou îlots inhabités autour du port de
Saint-Pierre au sud-est : l’île aux Marins (ancienne île aux Chiens et autrefois
habitée), l’île aux Pigeons,
l’île aux
Vainqueurs et au nord de Saint-Pierre, le Grand Colombier.
Plus au large, en direction de la péninsule Burin (Terre-Neuve), l'Île Verte est un îlot
marquant la limite des eaux territoriales à la
souveraineté incertaine. Le Canada y a érigé un phare.
Le climat
des îles suit les évolutions de Terre-Neuve. C'est un climat océanique
froid et humide (précipitations de 1 500 mm/an, taux d'humidité >
80 %) avec une forte modération maritime. Balayées rapidement par les dépressions atlantiques
naissantes, la position de Saint-Pierre-et-Miquelon en fait un lieu
d'affrontement entre les poussées d'air froid arctique
et les masses d'air maritime plus douces. C'est également le lieu de
rencontre du courant océanique chaud du Gulf
Stream et celui froid du Labrador. Ainsi, il est rare de voir des températures
inférieures à -10 °C l'hiver, la moyenne hivernale n'étant que de -3 °C, avec
de fréquentes chutes de neige. La température moyenne l'été est de
16 °C, avec certains jours un brouillard
très dense (les fameux bancs de brume de Terre-Neuve) pendant juin et
juillet. Le facteur éolien ou refroidissement éolien est important.
Économie
et Société [modifier]
Le PIB de Saint-Pierre et Miquelon, établi pour la première fois
selon les indicateurs de 2004, a été évalué à 26 073 euros/habitant[13].
Mais ce niveau élevé, proche des normes de la métropole française, doit
être regardé avec prudence car il est basé essentiellement sur le
pouvoir d'achat. Or celui-ci est favorisé du fait que près du tiers des
actifs sont rémunérés sur fonds publics avec une indexation de l'ordre
de 40 à 60 %. À cela vient s'ajouter la faiblesse du cours du dollar par
rapport à l'euro, ce qui favorise ce pouvoir d'achat, mais pénalise
certains secteurs comme le marché du poisson (exportation) ou encore le
tourisme...
Le développement économique de l'archipel est confié par le conseil
territorial à la Société de développement et de promotion de
l’archipel de Saint-Pierre et Miquelon (Sodepar) dont le président
n'est autre que celui du conseil territorial.
La pêche à la morue (cabillaud) a été l'activité traditionnelle et
principale de l'archipel. À partir des années 1950, elle avait acquis un
caractère industriel avec des chalutiers modernes très performants.
Mais à la suite de la décision du tribunal arbitral de New-York, en
1992, délimitant la zone économique exclusive française autour de
l'archipel et du moratoire canadien sur la pêche de cette espèce survenu
peu après, ce fut l'effondrement vers une activité très réduite. En
complément se développa une pêche artisanale sur de petites unités qui,
en plus d'un maigre quota de morue, s'est tournée vers le crabe des neiges, le lompe, le homard... Ainsi, la balance
import/export, qui aux belles années avoisinait les 50 % du fait des
exportations de poisson, est tombée aux alentours de 10 % soulignant la
grande faiblesse de l'économie locale. L'ensemble du secteur ne survit
que grâce à un solide soutien financier de l'État et de la Collectivité
territoriale.
Bâtiment
et travaux publics [modifier]
Employant environ 10 % de la population active estimée à 3 200
personnes, le bâtiment est un secteur économique essentiel. Soumis à une
saisonnalité climatique, il se déploie surtout d'avril-mai à fin
novembre. Caractérisé par une prédominance de la maison individuelle, il
garde un profil artisanal de qualité. La problématique du logement à
Saint-Pierre et Miquelon est très différente de celle qu'on trouve dans
les autres collectivités d'outre-mer. L'insalubrité et le manque de
confort n'existent pratiquement pas, ni les bidonvilles. Au recensement
de 1999, on dénombrait 2 415 résidences principales, 428 résidences
secondaires, 15 logements occasionnels et 78 logements vacants. En 2006,
on dénombre 2 517 résidences principales mais 173 logements vacants. En
dépit du vieillissement de la population, le nombre de logements a
progressé de 5,8 % à Saint-Pierre et de 7,3 % à Miquelon-Langlade
(source : INSEE et IEDOM){[14]}.
Les travaux publics, effectués par quelques entreprises locales, sont
largement dépendants de la commande publique, d'ailleurs assez soutenue
par l'État, la Collectivité territoriale ou les deux municipalités.
Gisement d'emploi pour environ 15 % des actifs, c'est principalement
un commerce de distribution. Quelques assez grandes surfaces d'enseigne
locale se sont développées depuis 1980. L'insularité, l'étroitesse du
marché et l'éloignement contribuent à une gestion parfois délicate. La
majorité des approvisionnements vient du continent nord-américain,
notamment pour les matériaux de construction, le pétrole, l'alimentation
en viande et produits maraîchers. Il en va de même pour la moitié du
parc automobile, important, et les gros engins de terrassement, de même
que pour les très nombreux bateaux de plaisance. Toutes les
importations, d'où qu'elles viennent (étranger ou France), sont soumises
aux droits et taxes destinés au budget local.
Éducation
et enseignement [modifier]
Les établissements publics se composent de quatre écoles primaires,
d'un collège avec une annexe à Miquelon, d'un lycée d'État et d'un lycée
professionnel à Saint-Pierre. La première classe de seconde fut ouverte
en 1964. L'enseignement privé, sous contrat d'association avec l'État
compte quatre écoles primaires et un collège avec une section technique.
En 2006, 1 330 élèves étaient scolarisés.
Après le baccalauréat, les élèves peuvent continuer leurs études à
l'extérieur en bénéficiant d'une bourse payée par le budget de
l'archipel qui couvre aussi leurs frais de transport aux départ et
retour ainsi qu'un voyage annuel au moment des grandes vacances. La
plupart choisissent la Métropole pour continuer leurs études.
Il existe à Saint-Pierre un centre hospitalier employant environ 200
personnes dont une vingtaine de personnels médicaux. Plusieurs
spécialistes y viennent en mission au cours de l'année. La Caisse de
prévoyance locale a contribué à la mise sur pied, en 2007, d'un centre
de santé distinct de l'hôpital. À Miquelon, se trouve un poste médical
doté d'un médecin.
Une des caractéristiques du système de santé dans l'archipel est son
coût élevé, partiellement compensé par le budget national. Ce coût
provient notamment des évacuations sanitaires pour les malades réclamant
des soins ne pouvant être prodigués sur place. Au nombre de 1 254 en
2006, elles ont eu lieu à 82 % vers le Canada (principalement Saint-Jean de Terre-Neuve)
et à 18 % vers la métropole.
Logo du Comité régional du tourisme Saint Pierre et Miquelon
Sport et Culture
[modifier]
Le sport est très présent avec des associations nombreuses et deux
structures institutionnelles : le Centre sportif et culturel à
Saint-Pierre et la Maison des Loisirs à Miquelon. On pratique le football,
le hockey sur glace, le volley-ball,
le rugby, le tennis, le curling, la natation, le basketball, la course à
pied, la boxe, le patinage sur glace, la pétanque, plusieurs arts
martiaux dont le judo, le karaté, etc. De fréquents déplacements ont
lieu soit vers le Canada soit vers la France. Ils sont facilités par
l'action du ministère de la Jeunesse et des Sports ainsi que par la
Collectivité territoriale. La course les 25 km de Miquelon est un moment sportif et festif du
plus haut intérêt qui attire quelques centaines de participants à la
belle saison. Une école de voile municipale, à Saint-Pierre, fonctionne
durant les mois les plus cléments ainsi qu'un club de plongée le club
nautique Saint Pierrais].
L'expression théâtrale se manifeste sur les deux îles de manière
affirmée de même que plusieurs groupes musicaux locaux. L'archipel
compte cinq musées dont un à Miquelon et deux à l'île aux Marins. Le
Francoforum est un établissement dépendant de la Collectivité
territoriale. Ouvert en 1992, il a pour mission d'enseigner la langue
française aux Canadiens anglophones désireux d'y venir en stage. Il est
accrédité auprès du gouvernement du Canada.
Le climat rigoureux s'avançant dans le printemps réduit la saison
propice à trois mois environ. Autre handicap : l'absence de surfaces et
de sols fertiles propres à la culture des céréales puisque trop tourbeux
et argileux. Cependant, depuis le début des années 1990, diverses
opérations de développement ont été menées avec notamment la culture
sous serres, chaudes et froides, de produits maraîchers : laitues et
fraises principalement. La production animale consiste surtout en celle
des poulets de chair, d'œufs, de canards et de viandes d'agneau.
L'ensemble du secteur bénéficie de l'aide de la métropole (régies
agricoles des services de la Direction de l'Agriculture et de la Forêt)
ainsi que des dispositions du code local des investissements, mais il ne
peut répondre qu'à une faible part de la demande des consommateurs.
Télécommunications
[modifier]
Les moyens de communication les plus modernes et diversifiés sont
offerts à la population de l'archipel : internet, téléphone fixe et
mobile, réseau câblé de télévision, le tout géré par un opérateur, SPM
telecom. La chaîne publique outre-mer de radio-télé RFO
est installée à Saint-Pierre. L'importance de l'équipement en
ordinateurs permet également aux îliens de réduire l'impact de
l'insularité et de l'éloignement.
Les budgets conséquents investis par Paris, dès 1989, en vue de poser
les bases d'une activité touristique performante adaptée au caractère
de l'archipel, notamment à sa proximité du continent nord-américain,
n'ont pas motivé par la suite les acteurs de la profession. Ce secteur
n'apporte donc à l'économie locale qu'une très modeste part, en dépit de
l'ouverture en 1999 d'un aéroport moderne avec atterrissage « tous
temps ». En 2006, sur les 25 383 passagers arrivés dans l'archipel,
76,5% étaient des résidents. Près de la moitié des Français
non-résidents arrivés par avion y sont venus par affaires[15].
Des actions de promotion et de communication existent, sous l'égide du
comité régional du tourisme (CRT) mais sans résultats notoires: on
demeure dans le schéma d'un tourisme traditionnel de proximité.
Hydrocarbures :
un avenir ? [modifier]
Les compagnies pétrolières nord-américaines qui exploitent les
gisements sous-marins au large de la côte est du Canada ont montré leur
intérêt pour la recherche d'hydrocarbures liquides ou gazeux dans le
« tuyau » de la zone économique exclusive française au Sud de
l'archipel, dans le secteur le plus proche du bassin gazeux néo-écossais
de l'île de Sable. Un forage d'exploration a
eu lieu en 2001 et la prospection se poursuit.
Compte tenu des retombées économiques importantes de l'exploitation
pétrolière dont profitent Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse,
Saint-Pierre-et-Miquelon mesure l'impact bénéfique qu'il pourrait
recevoir s'il arrivait, dans l'avenir, qu'un gisement intéressant soit
découvert dans sa propre zone ou dans la "zone d'unitisation", i.e. de
cogestion franco-canadienne envisagée par Paris et Ottawa au Sud de
Saint-Pierre.
La possibilité de découverte de gisements d'hydrocarbures dans ces
eaux contribue au litige entre la France et le Canada sur la
délimitation de la frontière maritime.
Litige avec le
Canada [modifier]
Le nouveau droit de la mer, tel que défini par la Convention
des Nations unies sur le droit de la mer, permet désormais aux États
d'étendre leur zone économique au-delà des 200 milles
nautiques et d'inclure le plateau continental avoisinant.
En avril 1988, l'intrusion ostentatoire du chalutier Croix-de-Lorraine
en eaux canadiennes, à l'instigation des principaux élus de l'Archipel a
entraîné son arraisonnement par les gardes-côtes canadiens. L'équipage
et les quatre élus qui étaient à bord ont été placés deux jours en
détention à Saint-Jean de
Terre-Neuve, puis libérés après paiement d'une forte amende par l'Etat
français. L'arbitrage international qui a suivi, en 1992, n'a accordé
que 12 400 km2
de ZEE à la France, contre 47 000 demandés par la partie française[16].
Le Canada
refuse toute extension des eaux territoriales des îles
Saint-Pierre-et-Miquelon au détriment de sa propre zone économique
identifiée au Sud de Terre-Neuve. Ottawa s'en tient à la délimitation
frontalière maritime telle qu'elle résulte de la sentence du tribunal
arbitral de New York.
Cependant cette décision n'a jamais été acceptée par la France, ni
par le Canada, qui pourtant s'y réfère, et encore bien moins par les
élus de Saint-Pierre et Miquelon. La question de la pêche ne pose pas
des problèmes qu'entre le Canada et la France, mais entre les provinces maritimes canadiennes elles-mêmes et leurs autorités fédérales. Toutefois, elle
n'a plus la même acuité qu'elle avait avant 1990 du fait de la
diminution de la ressource halieutique et du moratoire global imposé par
Ottawa dans l'intégralité de sa zone, depuis cette époque, avec pour
conséquence l'effondrement de la pêche industrielle dans toutes les
provinces atlantiques canadiennes ainsi qu'à Saint-Pierre-et-Miquelon.
Les élus de Saint-Pierre et Miquelon sont à l'origine du « Collectif
pour le Plateau Continental » qui a vu le jour en mars 2009 et dont
l'objectif est d'abord d'inciter Paris à déposer une lettre d'intention
auprès de la Commission des Limites de l'ONU, avant la date du 13 mai 2009, dans le
but d'obtenir une extension des droits de l'Archipel en la matière. Le
Canada a suscité une ébauche d'étude juridique argumentant contre une
possible extension du plateau continental pour cet archipel français[17].
Suite à l'interpellation de la députée Annick Girardin, la Ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie a annoncé le 25 mars 2009 la
rédaction d'une lettre d'intention demandant à l'ONU l'extension des
zones de pêche de l'archipel[18].
La France a déposé le 8 mai 2009 auprès des Nations unies un dossier préalable de
demande d'extension du plateau continental français au large de
Saint-Pierre-et-Miquelon, ainsi que de la Polynésie française et de
Wallis-et-Futuna[19].